Agression de deux femmes voilées à Paris : racisme ou emballement ?


Ce dimanche 18 octobre – soit deux jours après le meurtre révoltant de Samuel Patydeux femmes voilées ont été agressées à l’arme blanche près de la tour Eiffel.
Immédiatement, comme à son habitude, Twitter s’enflamme. On peut ainsi lire qu’elles ont été attaquées « parce que musulmanes et voilées» , et voir apparaître le hashtag « JusticeAuxVoilees ».
En retour, les « identitaires », que les « gauchistes » appellent à tort « fachos », n’ont pas manqué de souligner que le motif de l’agression n’était pas lié avec un quelconque racisme (ou islamophobie), comme semblait l’indiquer le Parquet dans un premier temps.

Alors, que penser ? Qui croire ? Odieux acte de racisme (d’extrême droite ?) pur et dur, ou emballement de musulmans et de gauchistes sur la twittosphère (qu’elle qu’en soit la raison) ?


Sommaire


Introduction

Il y aurait en réalité beaucoup de choses à dire sur le sujet. L’acte en lui-même, déjà, mais j’en parlerai très peu (car cela relèverait d’un autre article entier). Ce qui m’intéresse ici, ce dont je vais parler dans cet article, c’est l’usage que l’on en fait. Notamment sur Twitter.

J’ai décidé d’écrire cet article suite à une « discussion » avec un utilisateur de ce réseau social. Qui m’a très rapidement bloqué. Pourquoi diable m’avoir bloqué ? Aurais-je dépassé les bornes ? Ses bornes, vraisemblablement, oui. À savoir que j’ai osé, non pas simplement être en désaccord avec elle sur un sujet de fond, mais la contredire sur un fait. Sur une question sémantique. Branlette intellectuelle diront certains. Je le réfute, et vous verrez à la fin de cet article pourquoi.

Mais alors, de quoi parlons-nous exactement ?

La menace facho

Tout commence lorsque je tombe sur ce tweet (nous étions abonnés mutuels) :

Il s’agit en quelque sorte d’une réponse à la réponse : le tweet qui avait immédiatement fait le buzz (recueillant à ce jour plus de trente mille retweets et mentions « j’aime ») en clamant haut et fort que l’agression avait eu lieu « parce que musulmanes et voilées » a entraîné la réponse de la revue de presse identitaire Fdesouche via un article (mis à jour depuis), dont le titre se trouve à droite du tweet de Zaz, avec la mention « l’islamosphère s’emballe et crie au complot islamophobe ». Cet article scandalise les gauchistes (terme employé non péjorativement) et les musulmans initialement choqués, qui s’appuient sur différents articles (exemple à gauche sur le tweet de Zaz) parus le lendemain, et qui précisent que le Parquet retient le caractère raciste de l’agression.

L’attaque des cons

Notre Zaz se permet donc, pensant avoir déceler une fausse information honteuse en provenance des vilains fafs, d’en appeler à « la fachosphère », se fendant au passage de deux petits jeux de mots en hashtag.

Et c’est là que le bât blesse. Si le site Fdesouche a effectivement couché sur papier ses certitudes trop vite, notre twittos n’a guère fait mieux. Et l’assume d’ailleurs parfaitement, à base de « oui mais c’est lui qui a commencé » :

Pourtant, il serait judicieux d’attendre de savoir les choses plutôt que de prendre des envies ou des avis pour des vérités. Et de le préciser à ses « adversaires » plutôt que de répondre par le même genre de connerie.

La revanche de la sémantique

De plus, les deux articles présentés par cette personne ne sont pas incompatibles. Étonnant ? Pas tant que ça. Il ne faut pas confondre, et ils sont nombreux faire cette erreur, motif et caractère.

Le motif, c’est la raison qui a poussé à l’acte. En l’occurrence, il s’agirait d’une altercation, d’un différend parti d’un chien non tenu en laisse et qui aurait fait peur aux enfants. Suite à quoi le ton serait rapidement monté, jusqu’à la triste agression.


Le caractère, comme son nom l’indique, c’est ce qui caractérise l’agression. C’est ici qu’il faut être vigilant. On serait tenté de dire que, si l’agression revêt un caractère raciste, alors c’est une agression raciste. C’est faux. Ou plutôt, ce n’est pas nécessairement vrai. Et, dans notre exemple, ce n’est pas vrai. Bien souvent, attribuer un caractère particulier à un acte constitue une circonstance aggravante. C’est d’ailleurs le cas ici puisque, pendant l’agression, ce sont des insultes – du moins une insulte de manière certaine à l’heure où j’écris ces lignes – « à caractère raciste » auraient été lancées, et qui suffisent à requérir le caractère raciste. Autrement dit, s’il s’était passé exactement la même chose, sans l’insulte, le « caractère raciste » n’aurait pas été requis. On peut alors émettre l’hypothèse que le racisme a été un catalyseur (mais toujours pas le motif). C’est une possibilité, qui fait d’ailleurs l’objet de l’enquête. Ainsi, on peut lire sur Le Monde que l’une des trois circonstances aggravantes retenues lors de l’ouverture de l’information judiciaire est : « propos portant atteinte à l’honneur liée à une appartenance supposée ou réelle « à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » ».

Certes, c’est un point de détail sémantique. Mais qui change radicalement la donne. Car nous vivons actuellement une période trouble sur les sujets de racisme, d’immigration et d’islamisme. Avec des avis parfois aux antipodes les uns des autres, souvent très tranchés, sans qu’il n’existe de vérité absolue.

Un mauvais espoir

Au-delà de ce détail important, une des hypothèse de l’enquête, au moment où j’écris, est que les agresseuses étaient alcoolisées au moment des faits. Ce qui devrait atténuer les envies de crier au racisme à coup sûr : s’il est possible que les insultes entendues proviennent de quelqu’un qui a des opinions racistes, il est aussi possible que cela n’ait été fait que pour provoquer, sans le penser réellement. Chose qui arrive souvent lorsqu’on est énervé (et qu’on se lance dans des insultes), qui plus est quand on est saoul.

Malheureusement, le climat tendu actuel génère une espèce de guéguerre apparemment insoluble entre les « gauchistes immigrationnistes » et les « droitards identitaires« . C’est un peu à qui marquera le plus de points, le plus vite possible. Quitte à négliger la qualité de raisonnement. C’est pourtant précisément là que nous devrions tous faire preuve de prudence et de réflexion. Ce que ne firent ici ni les « islamo-gauchistes », comme dirait l’autre, ni les fanatiques de l’identité française.

Mais alors, pourquoi ? Pourquoi ne pas faire primer la vérité des faits, sur l’immédiateté et la subjectivité ? Eh bien cette question nous amène à revenir à nos moutons. Et par moutons, j’entends tous ceux qui ont sauté sur l’occasion que représentait cette agression pour prêcher ce qu’ils pensent être leur bonne parole.

Tous ceux-là, nombreux, de tous bords, ont au pire fait preuve de mauvaise foi, au mieux subi un biais cognitif extrêmement commun (quand ce n’est pas un mélange des deux) : le biais de confirmation (article duquel je tire l’image d’illustration).

Le pire contre-attaque

Dans le premier cas, il peut s’agir pour certains de justifier des actes, ou de les légitimer, ou encore d’en faire oublier d’autres. On ne peut par exemple pas s’empêcher de faire le rapprochement avec l’odieux assassinat de Samuel Paty. Il en est qui l’ont fait sans gêne sur Twitter et de manière abjecte ; entre ceux justifiant, légitimant ou essayant de faire oublier ce meurtre au profit ou au nom de l’agression des femmes voilées, et ceux qui font l’inverse, implorant parfois le fameux « œil pour œil, dent pour dent ».

Dans le second cas, c’est bien simple, peu importe la raison (besoin de se rassurer, peur de s’être trompé, etc.), on cherche à confirmer nos idées et pensées. Dans un même fait, on arrive à y voir uniquement ce que l’on veut y voir, négligeant ce qui pourrait nous mettre en difficulté vis-à-vis de ce que l’on pense déjà. Autrement dit, on cherche à avoir raison alors même que, pour progresser, on devrait chercher en quoi nous aurions tort.

C’est ainsi que, à tribord, on a mis en lumière le fait que le motif de l’agression dont nous parlons n’était pas raciste – ce qui est vrai : sans le différend lié au chien, il n’y aurait pas eu d’agression – tout en prenant soin de négliger les potentielles insultes à caractère raciste qui auraient été vociférées. Dans le même temps, à bâbord, on insiste sur le caractère raciste de l’agression en confondant parfaitement motif et circonstance aggravante. Et on y fait d’une agression, certes peu banale mais dont le racisme n’est pas la cause, un acte purement raciste. Ce qui est faux.

Le retour de la raison

Ce n’est malheureusement pas comme cela que nous progresserons en tant que société, qu’il s’agisse des manipulations volontaires ou des biais cognitifs dans lesquels nous fonçons tête baissée. Ni en bloquant les gens qui nous contredisent (coucou Zaz, et les autres qui ont suivi).

C’est au contraire en discutant – y compris et surtout avec ses « adversaires » –, en acceptant de se tromper, et en essayant de voir où l’on pourrait avoir tort que nous pourrons avancer.

Eh oui, tout le monde dit des vérités et tout le monde dit des conneries. Comment peut-on espérer avoir raison sans en faire le tri ? Comment pouvoir faire le tri si on n’écoute même pas les arguments contraires ?

Conclusion

Si tout cela avait été fait, je n’aurais pas eu la possibilité de ressentir le besoin d’écrire cet article. Et je n’aurais pas non plus besoin de dire qu’il s’agit en réalité d’une regrettable agression, qui n’a pas été motivée par un quelconque racisme ou une prétendue islamophobie malgré le fait que des insultes « à caractère raciste » ont été proférées, qui constituent une des circonstances aggravantes. C’est seulement une fois cette base établie que l’on devient libre de tirer des conclusions et d’en discuter ouvertement. Avec tous. Sans négliger les insultes, ni confondre motif et caractère.

Nous devons ainsi tous redoubler d’efforts quant à l’analyse des informations, qui nous parviennent de plus en plus vite, en quantité de plus en plus grande, et peut-être de plus en plus manipulée ou, à défaut, biaisée.

Extrapolation

Tout ceci, et compte-tenu du climat actuel (crise sanitaire, attentats islamistes et leur gestion médiatique), m’amènent d’ailleurs à penser que les élections de 2022 seront un remake de celles de 2017.
Oui, ça n’a rien à voir avec l’objet de l’article. Cela a revanche beaucoup à voir avec ce fameux biais de confirmation, qui joue un rôle prépondérant au moment des élections, et que je souhaite combattre. Cela me permet de conclure avec un exemple plus important et concret que j’ai développé au long de cet article, à savoir des (nombreux par extrapolation) utilisateurs Twitter qui ne savent pas traiter une information.

J’espère me tromper. Mais avec une gauche et une droite incapables de parler entre elles, infoutues de s’unir en leur propres seins, et avec un gouvernement, déjà aux manettes, qui met l’accent avec la complicité des médias (que ce soit en actes ou uniquement en paroles) sur la sécurité, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

Bien-sûr nos biais cognitifs ne sont pas les seuls responsables de cette comédie dramatique qu’est devenue la scène politique. Le système électoral est probablement davantage coupable que nous. J’y reviendrai dans un prochain article.

Il n’en reste pas moins important d’en avoir conscience, afin de, au quotidien, nous mettre dans de meilleures dispositions pour affronter les pièges tendus par les uns, les autres, et notre cerveau.


Le Répurgateur

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