Bas les armes, citoyens !

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Intervention d’Emmanuel Macron à la suite de la manifestation pro-Trump au capitole de Washington : analyse d’un discours douteux


Sommaire


Introduction

Le grand manipulateur.

C’est le titre d’un livre-enquête – qui figure, comme tant d’autres, dans la pile de livres à lire dans ma bibliothèque – écrit par le journaliste Marc Endeweld et qui « explore les cercles de pouvoir enchevêtrés à l’origine de la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle ».

C’est aussi la première chose qui m’est venue à l’esprit – au-delà du sentiment de honte et du choc – lorsque j’ai écouté l’intervention vidéo de Macron, diffusée notamment sur son compte Twitter, au sujet de la « prise du Capitole » par des partisans de Donald Trump, survenue ce mercredi 6 janvier à Washington. Du moins, la première chose après les insultes, que je n’énumèrerai pas ici, pour des raisons évidentes.

Pourquoi tant de haine envers notre Guide et bienfaiteur suprême ?

On respire et on s’installe.

Mise en contexte

Une rapide mise en contexte s’impose pour ceux qui vivent dans une grotte (et qui ont bien raison), et ceux qui n’ont pas suivi les actualités depuis mercredi soir.

Nous sommes le 6 janvier de l’année 2021 – qui semble partie pour être au moins aussi pleine de péripéties que la précédente – à Washington, la capitale Étasunienne. Plus précisément, nous sommes au Capitole. C’est là que siège le Congrès (autrement dit, le pouvoir législatif), qui se compose de deux chambres distinctes : le Sénat et la Chambre des représentants.

Ce jour-là, les deux chambres se réunissent afin de certifier le vote des grands électeurs – donc l’élection de Joe Biden – au cours d’une séance commune présidée par Mike Pence, le vice-président du pays. Trump nourrissait l’espoir que ce dernier rejette le vote des grands électeurs, ce qu’il ne fit pas au nom du respect de la Constitution.

Aussi, Trump avait appelé ses partisans à manifester au Capitole durant la séance, en insistant sur le caractère pacifique de l’action :

La manifestation dégénère : de nombreuses personnes s’introduisent dans le bâtiment, et la police ainsi que la garde nationale interviennent.

Malheur ! La démocratie et la liberté sont attaquées. Heureusement, Manu Micron est là (à 2h du mat’ !) pour tous nous sauver et rétablir l’ordre et la vérité. Ou plutôt son ordre, et sa vérité.

Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

En moins de trois minutes, Manu mêle quasi continuellement mensonge (du moins il flirte avec), hypocrisie, appel à l’émotion, le tout sur fond de son arrogance et de son assurance habituelle. Bref, de la grande manipulation, désormais un classique du chef d’État. Chapeau bas, gloire à not’ souverain-rain-rain.

Appel à l’indignation et l’émotion

Tout commence dès la treizième seconde : « Quelques individus ; violents ; se sont introduits dans le temple séculaire de la démocratie américaine, le Capitole ».

À en croire nos médias, ce sont des milliers de manifestants qui se sont mobilisés aux abords du Capitole. France24 parle d’ « une foule compacte » , tandis que BFM TV nous indique que les manifestants « ont envahi la colline du Capitole » et que Libération nous montre « l’invasion du Capitole, pas à pas », quand Le Monde nous informe que « Donald Trump avait choisi de défier le Congrès en réunissant des dizaines de milliers de ses partisans à Washington ».


Soit dit en passant : de nombreux médias, probablement l’écrasante majorité, ont employé par la suite le terme « invasion ». Ce faisant, ils démontrent une fois de plus, au choix, leur incompétence ou bien leur parti pris amenant à la désinformation. En effet, le terme « invasion » désigne un envahissement militaire, par des forces armées. On parle aussi d’invasion lorsque des espèces animales envahissent un territoire, mais ce n’est pas le sujet. Ici, c’est le terme « envahissement » qu’il faut utiliser.


Étant le premier à critiquer nos médias de masse, je ne peux pas décemment me fier à leurs seuls dires. Mais il s’agit là d’un évènement historique. Ainsi, nous pouvons nous appuyer sur autre chose que des écrits : des images. Et ces dernières nous montrent effectivement un grand nombre de personnes présentes. Je ne peux que vous recommander les deux articles de France24 et de Libération déjà précédemment cités, dont les voici quelques exemples de photos prises mercredi après-midi :

Les plus malins (ou honnêtes) d’entre vous me diront que je fais erreur car Macron n’a parlé que des individus s’étant introduits dans le Capitole, et non de l’ensemble des manifestants. Et techniquement, vous aurez entièrement raison. Mais il faut préciser deux choses : dans ce genre de discours, le choix des mots est mûrement réfléchi et est rarement anodin ; et les deux dernières images du diaporama ci-dessus montrent qu’ils étaient nombreux à s’introduire dans le siège du Congrès.

Dans l’extrait diffusé sur son compte Twitter, Macron ne mentionne à aucun moment la foule présente. S’il ne parle que de « quelques individus », c’est pour bien faire comprendre à son auditeur que toute la démocratie américaine est remise en cause par une poignée de personnes, de surcroît mal intentionnées (puisqu’il ajoute qu’ils ont « violents », et insiste dessus en marquant une courte pause). Là réside toute la manipulation. Elle vise à faire adhérer l’auditeur à son discours en faisant appel à sa capacité d’indignation face à la violence et l’injustice.

Pourtant, à en croire les images (photos et vidéos) que l’on retrouve dans l’ensemble des articles que j’ai déjà cités plus haut, on ne voit qu’une violence toute relative : le cordon policier a été forcé (les policiers ont donc malheureusement été bousculés) et des vitres ont été brisées. Ainsi, on se rend facilement compte que le but était d’investir le bâtiment, et que c’est principalement pour cette raison que les vitres ont été brisées et les forces de l’ordre bousculées. Ni plus, ni moins. Il n’y avait visiblement aucune volonté de « casser du flic » (comme on peut parfois le voir en France sans que Macron n’en parle), ni de casser gratuitement le bâtiment (comme le font certains casseurs en France).

Voyez plutôt la barbarie de ces individus :

De dangereux selfies, des chaussures suspectes posées sur un bureau, les jeans sales des gens su peuple posés sur les confortables fauteuils des parlementaires. Quelle violence ! Et dire que lorsque la police française éborgne des manifestants, Macron n’entend même pas parler de violence… Un beau modèle de double-standard.

Bien-sûr, j’ai volontairement choisi ici quelques photos au caractère plutôt bon enfant. En gros, j’ai fait du Macron. Je n’ai montré que les faits que je voulais porter à votre connaissance afin de vous faire adhérer à mon discours, et rejeter celui de « l’adversaire ».

Mais le fait est qu’on trouve assez peu d’images qui montrent des manifestants extrêmement violents, hormis ce que j’ai déjà évoqué plus haut : des barrages forcés et des vitres brisées dans le but d’investir les lieux.

Il y a donc eu violence. C’est indéniable. Donald Trump, qui avait plusieurs fois appelé à rester complètement pacifique, les a lui-même condamnées (mais il aurait risqué des poursuites judiciaires s’il ne l’avait pas fait, pour incitation à la sédition). Un policier a même succombé à ses blessures subies lors de la bousculade. C’est condamnable. Mais insister lourdement sur la violence des manifestants comme le fait Macron est sans aucun doute de mauvaise foi. Et ce n’est pas fait pour rien : cela prend tout son sens avec la suite du discours.

Pas de répit pour les morts

Car si notre Jupiter en carton insiste sur le caractère violent des évènements, ce n’est pas pour rien. Il enchaîne immédiatement, sur un ton grave et le regard appuyé – et après quoi il fera une pause avant de prendre une inspiration, marquant ainsi la gravité de l’acte : « Une femme a été tuée. » Horreur. Quasiment le nazisme.

De précisions sur la mort de cette femme, nous n’aurons pas. Pas venant de Manu en tout cas, qui utilise (le mot « utiliser » est important) sans vergogne cette mort en introduction de son discours, point culminant de l’appel à l’émotion censé faire adhérer à la suite.

Et cette utilisation est tout à fait astucieuse, car elle est vraie ! Oui, une femme a été tuée. On ne pourra ainsi pas l’accuser de mensonge.
Je l’accuse en revanche d’odieuse et de honteuse manipulation visant à détourner les faits de leur réalité et à tromper ses auditeurs dans le but de les ranger de son côté. Je sais, c’est beaucoup plus chiant à dire que « menteur ». Mais ce salaud m’y oblige.

Car, lorsque l’on écoute ce discours qui insiste sur la violence (réelle, mais exagérée), au mieux ou pense que si cette femme est morte, c’est à cause des manifestants (qu’elle ait été de leur camp ou non) ; au pire on pense carrément que ce sont les trumpistes qui l’ont tué.

Dans les deux cas, c’est faux. En réalité, cette femme – Ashli Babbitt, ancienne militairea été abattue (exactement : elle est décédée des suites de sa blessure, pas sur le coup) par un agent des forces de l’ordre alors qu’elle tentait de grimper par-dessus un barrage de fortune mis en place afin d’éviter que les manifestants ne puissent aller plus loin dans le bâtiment (pour protéger les parlementaires).

S’il est vrai qu’il n’est pas très malin d’agir ainsi alors que quelqu’un braque une arme sur vous, je me permettrai de faire remarquer une chose qui me semble primordiale : ces manifestants sont venus pour défendre la démocratie. Peut-être qu’ils ont tort et qu’ils font en réalité tout l’inverse, mais là n’est pas la question : le fait est que c’est ce qu’ils ont en tête. Pour eux, une fraude massive a eu lieu et leur vote a été bafoué. Qu’ils se trompent ou non, ce qu’ils veulent c’est que justice soit faite et que la démocratie soit respectée.

Que feriez-vous si vous aviez le sentiment que dans votre pays, supposément la plus ancienne démocratie du monde encore en place, on se permettait de chier sur votre vote et de truquer les élections au détriment de votre candidat ? Et imaginez que vous êtes probablement des dizaines de millions dans ce cas. Que feriez-vous ? Même si vous ne vous révoltiez pas, ne trouveriez-vous pas honorable et respectable l’acte de cette femme (qui n’était par ailleurs pas armée, pas plus que l’écrasante majorité des autres manifestants comme le montrent les images) ? Je vous laisse répondre en votre âme et conscience, et reviens à mes moutons.

ATTENTION : vous trouverez ci-dessous la vidéo dans laquelle on voit la jeune femme se faire tirer dessus. Si vous préférez ne pas voir cette triste scène, alors passez directement au paragraphe suivant.

Où sont les armes ?

Au regard de l’ensemble des images précédentes, on ne voit jamais d’armes ailleurs que dans les mains des forces de l’ordre. Les manifestants sont tout au plus armés de drapeaux et de smartphones (ou caméscopes), coiffés de bonnets, et équipés d’un sac à dos. Au pire, ils portent un casque et des lunettes de protection. Éventuellement d’un mégaphone. Un armement lourd.

Bah quoi ? N’osez pas me dire le contraire, c’est l’grand qu’a dit ! Le grand, c’est l’seigneur Macron : « des partisans du président sortant, remettent en cause par les armes les résultats légitimes d’une élection » (à partir de la trentième seconde dans la vidéo).

Ici, il ne se contente plus de tordre les faits, il bascule carrément dans le mensonge. En effet, où sont les armes ? On n’en voit ni sur les photos, ni dans les vidéos, et à peine dans le torrent d’informations relayées par la presse ! Tout au plus, on rapporte (et c’est effectivement très regrettable) que la police fédérale annonce avoir trouvé deux bombes artisanales retrouvées à proximité du Capitole, d’une glacière contenant des cocktails Molotov, et d’un fusil chargé découvert dans une voiture. De plus, parmi cette foule de, vraisemblablement, plusieurs milliers de personnes, seules 52 personnes ont été arrêtées, dont 4 portaient illégalement des armes.
Voir à ces sujets les articles du Huffington Post, de RTL et de 20minutes.

Alors, une fois de plus, je concède que l’on n’avait pas affaire à une manifestation pacifique. Et qu’il y avait quelques armes, de manière marginale. Mais on ne peut absolument pas dire que ces personnes ont voulu « remettre en cause par les armes » les résultats de cette élection. C’est un mensonge. Ce n’était pas la nature de leur action. Les faits rapportés et les images le montrent parfaitement.

Certains me diront peut-être : « et les gaz lacrymos alors ? ». Ce à quoi je répondrai qu’ils ont été utilisés par la police.

D’autres me feront peut-être remarquer qu’on ne sait pas ce qu’il y avait dans les sac à dos des trumpistes. Cet argument est tout aussi valable pour démonter mon argumentaire que l’affirmation de Macron : si on ne sait pas ce qu’il y avait dedans, on ne peut pas être sûr qu’il n’y avait pas d’armes au même titre qu’on ne peut pas affirmer qu’il y en avait.

En outre, si les sacs étaient remplis d’armes, pourquoi ne pas en avoir fait usage ?
Ceux qui n’ont pas réussi à pénétrer dans le bâtiment, s’ils étaient si violents et méchants que Manu le prétend, auraient pu s’en servir pour tenter une percée (ça aurait été du suicide, mais les anti-Trump se font un plaisir de penser que les électeurs de Trump sont des idiots…) ; tandis que ceux qui ont réussi à pénétrer à l’intérieur auraient pu s’en servir pour tout saccager.

Il n’en fut rien (il y a eu des dégâts à l’intérieur, mais qu’on ne peut pas imputer à l’usage d’armes). À voir la vidéo en milieu de cet article, on a même presque l’impression de voir une bande de joyeux lurons qui défile, un homme profitant même du moment pour prendre quelques clichés touristiques de l’intérieur du bâtiment. Pourtant, « un quart d’heure plus tard, un élu rapporte à l’AFP que des policiers ont été contraints de dégainer leurs armes à l’intérieur du bâtiment afin de protéger les parlementaires. » C’est effectivement ce qu’on peut voir, mais la notion de contrainte reste sujette à discussion :

Et j’ajouterai que, à la fin de la vidéo dans laquelle on voit Ashli Babbitt se faire tirer dessus, on voit que l’homme qui lui vient en aide (un manifestant, les forces de l’ordre semblaient n’en avoir rien à foutre) ouvre son sac et semble chercher quelque chose dedans afin de pouvoir porter assistance à la blessée. Mais bon, peut-être qu’au Macronistan, on soigne avec des armes, et que les applaudissements à la fenêtre à 20h ne suffisent plus ?

Qui est légitime ?

Vient maintenant la question de la légitimité.

Qui est Emmanuel Macron pour affirmer que ces élections sont légitimes ? D’autant qu’il ne parle même pas d’élections légitimes, mais de « résultats légitimes » (et il insiste sur le mot légitime). Ainsi, ce n’est pas le déroulé des élections qu’il juge, mais bien ses résultats. Selon le dictionnaire Larousse, ce qui est légitime est ce « qui est fondé en raison, en justice, en équité » ; ou encore ce « qui a les qualités requises par la loi, le droit ».

Selon la formulation employée, on pourrait alors établir que Macron se tape bien de l’équité du scrutin tant que le résultat lui convient. À vrai dire, je pense que c’est réellement ce qu’il pense, tout comme de nombreux chefs d’état occidentaux. Mais rien de suffisamment factuel ne me permet de l’affirmer, et j’entends ceux qui diront que je cherche ici la petite bête.

Revenons-en alors aux faits : à moins d’avoir monté une équipe ayant pour but de superviser le déroulement de l’élection et d’avoir enquêté vainement profondément sur de potentielles fraudes, il n’est pas possible d’affirmer qu’elles sont légitimes, quand bien même elles le seraient. C’est une question de bon sens. Il est parfaitement en droit de le penser, pas plus. Au mieux, il peut dire que dans la mesure où il n’y a pas de preuves suffisantes pour établir qu’il y a eu fraude, alors on ne peut pas agir de la sorte (les manifestants). C’est en tout cas la manière dont devrait s’exprimer un président : avec prudence et justesse.

Mais peut-être que je fais erreur. Après tout ce type s’estime parfaitement légitime pour nous diriger et nous imposer des mesures liberticides ; et ce malgré le soulèvement des Gilets Jaunes ou encore malgré le fait que moins de 19 % des inscrits aient voté pour lui alors qu’il avait le soutien des médias.

Quand le peuple gronde, sa liberté est attaquée

Après ces quarante secondes d’introduction manipulatrices permettant d’aider à faire adhérer à la suite, Macron se lance dans un rappel historique touchant de quasiment une minute – sur un ton martial comme le dit Jean Lassalle sur Twitter – sur l’amitié, le soutien, et la solidarité franco-américaines.

Il compare ensuite la situation de la France des deux guerres mondiales avec celle des États-Unis actuellement : « Les États-Unis, durant le XXème siècle, lors des deux guerres mondiales, se sont [il a dit « s’est », mais je lui pardonne cette erreur car je suis d’une grande bonté] tenus aux côtés de la France ; à chaque fois que son indépendance, sa liberté furent menacées. »

Alors, dans un juste retour des choses : « la France se tient aux côtés du peuple américain avec force, ferveur et détermination et aux côtés de tous les peuples qui entendent choisir leurs dirigeants, décider de leur destin et de leurs vies par ce choix libre et démocratique des élections et nous ne cèderont rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause cela. »

Dans le texte, c’est beau. Mais au-delà du dodelinement et du ton ridicule à « remettre en cause cela », plusieurs choses me frappent.

D’abord, comment oser mettre les deux guerres mondiales sur le même plan que cette manifestation ? Tout le monde conviendra que ces évènements n’ont rien de comparable. Le seul lien qui existe (du moins, qu’il fait exister au travers de son discours) c’est l’attaque de la liberté et/ou de l’indépendance.
Alors, une manifestation visant à empêcher l’avènement d’un président à l’issue d’une fraude électorale (réelle ou non, ce n’est pas la question : les manifestants y croient fermement), serait une atteinte aux libertés ? Cela n’a aucun sens. Ici, l’argumentaire de Macron ne tient que sur une seule chose : la légitimité du scrutin (ou plutôt de ses résultats, comme il le dit). Mais ça, on en a déjà parlé.

Ensuite, ceux qui ont « envahi » le Capitole, au-delà du fait qu’ils n’étaient pas « quelques-uns » (d’ailleurs, s’ils étaient si peu nombreux, pourquoi prendre cet air aussi grave, comme si une guerre était sur le point de se déclencher ?), ne font-ils pas partie du peuple américain ? À noter que, d’après un sondage IPSOS, « sur l’ensemble des Américains interrogés, 73 % d’entre eux s’accordent à dire que le candidat démocrate a remporté l’élection ». Ce qui signifie que les 27 % (dont 5 % pensent que Trump est le réel vainqueur) doutent du scrutin ! En comparaison avec les 19 % (des inscrits) obtenus pas Macron au premier tour en 2017, c’est beaucoup…

Donc, si la France « se tient aux côtés du peuple américain », comment fait-elle le tri ? Il y aurait un bon peuple américain et un mauvais peuple, du coup ? Et pourquoi le mauvais peuple serait forcément celui des (nombreux) partisans de Trump ?

Enfin, comment peut-il affirmer qu’il se tient aux côtés de tous les peuples qui aspirent à la démocratie après la violente répression qu’il a fait subir aux (nombreux eux aussi) Gilets Jaunes ? Alors même que c’est la démocratie qui fut leur objectif principal, avec notamment l’instauration du RIC. Le RIC oui, ce truc qui permet aux citoyens non seulement de participer à la prise de décision, mais aussi d’en être à l’initiative. Ah, c’est pas démocratique ça ?

La restriction, c’est la liberté

Nous approchons doucement mais sûrement de la fin du supplice. Une fois que les trumpistes ont été diabolisés et que Manu tout puissant a annoncé qu’il venait à la rescousse des américains, il fallait enfoncer le clou, avant un bouquet final ridicule.

C’est donc dans un élan d’assurance qu’il nous dit droit dans les yeux que « c’est notre choix, depuis plusieurs siècles, de mettre la dignité humaine, la paix, le respect de l’autre, la reconnaissance de la liberté au-dessus de tout ; qui est aujourd’hui menacé dans nos démocraties. » Rien que ça.

Le mec dont le gouvernement est à l’origine de restrictions de libertés de plus en plus importantes (loi Avia heureusement retoquée, loi anticasseurs, loi sécurité globale, les mesures liés à la crise sanitaire, etc.) ; celui qui a fait réprimer violemment les Gilets Jaunes qui réclamaient de la démocratie et de quoi vivre dignement de leur travail ; celui qui a ignoré les manifestations des soignants qui réclamaient plus de moyens et que ne leur a offert que quelques applaudissements ; celui qui parle de « gens qui ne sont rien », de « gaulois réfractaires » et qui fait publiquement des blagues douteuses ; celui qui fait preuve d’arrogance tout en couvrant un de ses poulains ; celui qui veut nous faire travailler suffisamment longtemps pour que l’on n’ait plus le temps de jouir de nos retraites amaigries ; oui ce gars-là ose nous affirmer qu’il place la dignité humaine, le respect de l’autre et la reconnaissance de la liberté au-dessus de tout.

Le pseudo bégaiement et l’hésitation perceptibles avant et pendant qu’il lâche « notre lutte commune pour que nos démocraties sortent plus fortes » ressemblent à des aveux, mais il ne nous laisse pas le temps d’en profiter. Il rebondit immédiatement avec un peu d’émotion, reprenant un ton grave et insistant sur le fait qu’il s’agit d’un « moment que nous vivons tous », comme pour montrer que tout ce qui arrive aux américains nous arrive à nous aussi. Un petit couplet en anglais clôt le bal, affirmant par exemple que ce qui s’était produit, ce n’est pas l’Amérique. J’ai ri durant ce passage long de près de trente secondes, mais pour le coup ce n’est pas de sa faut s’il a un cheveu sur la langue.

Mission accomplie pour Manu, qui a bien réaffirmé officiellement et publiquement sa (notre) fonction de toutou des États-Unis, tout est sous contrôle.

Nous n’avons plus qu’à nous prosterner.

Conclusion

Je vais redescendre un peu dans les tours.

Il me paraît tout à faite compréhensible, voire normal, que Macron ait tenu à s’exprimer sur les évènements survenus aux États-Unis. Mais le fond est douteux, et la forme catastrophique.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a quant à elle déclaré, à raison, que « les évènements à Washington dont les l’affaire interne des États-Unis. » Mais je n’attends pas autant de raison de notre président. Un simple message de soutien aurait alors pu suffire, et il a fallu qu’il en fasse un drame, en vidéo. Et pour ce faire, il a manipulé les mots, comme il sait si bien s’y prendre, afin de déformer les faits. Comme à son habitude, il fait appel à l’émotion de ce qui l’écoutent, ce que je répugne.

De plus, il faut se poser les bonnes questions : aurait-il réagi de la même manière si la situation avait été inverse (Trump réélu, partisans de Biden croyant à une fraude et envahissant le Capitole) ? Si oui, aurait-il usé des mêmes mots ? Dans les mêmes circonstances, aurait-il émis l’éventualité d’une possible fraude (ce qu’il refuse aujourd’hui) ? Il se serait probablement aussi tenu aux côtés du peuple… mais aurait-il s’agit « du même peuple » (la notion de peuple semblant être à géométrie variable chez lui) ?

Mais je dois reconnaître qu’il a réussi son coup : Biden prendra bientôt la présidence des États-Unis, et Macron s’est d’ores et déjà placé en fidèle serviteur, prêt à faire face aux épreuves qui nous seront imposées. De plus, il améliore son image auprès de certains en parvenant à se montrer comme un démocrate absolu et résolu, ce qui est pourtant une vaste plaisanterie.

On pourra aussi noter que la presse française ne vaut pas mieux que notre grand manitou pour ce qui est de l’hypocrisie, ou plutôt du double standard. Il est ainsi amusant de noter qu’elle n’hésite pas à parler ici d’ « invasion », alors qu’elle se contente de parler d’ « intervention » militaire américaine dès lors qu’il s’agit de déployer des troupes armées, par exemple, en Afghanistan ou encore en Irak.
Apparemment, dans le premier cas il s’agit de bafouer violemment la démocratie, tandis que dans les deux autres il s’agit de « l’apporter ». Pourtant, dans le premier cas, on ne tue personne (on se fait même tuer visiblement), quand dans les deux autres on a le sang de centaines de milliers d’innocents sur les mains…


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